RCPlus : 1 550 contre-indications que le thésaurus ne comporte pas

Sous le capot · 15 août 2026 · Johan Natter, docteur en pharmacie et en chimie médicinale · 7 min de lecture

Le thésaurus des interactions médicamenteuses de l'ANSM s'est arrêté à son édition de septembre 2023, et il n'en paraîtra plus. Les RCP, eux, continuent d'être révisés à chaque AMM. Notre moteur RCPlus retrouve aujourd'hui 100 % de ce que porte le thésaurus, et met au jour 1 550 contre-indications d'association qu'il n'a jamais indexées.

1Une référence de toute la profession, arrêtée en 2023

Le thésaurus de l'ANSM est le document que toute la pharmacie française consulte pour trancher une interaction : quatre niveaux clairs, une conduite à tenir, une autorité incontestée. Il reste la référence opposable, et PharmAssistant le sert en première ligne sur chaque question d'interaction.

Mais ce document est une sélection, environ 1 700 interactions, et surtout son édition de septembre 2023 est la dernière. Chaque nouvelle AMM arrive pourtant avec sa rubrique d'interactions, rédigée par le laboratoire et validée par les autorités. Depuis trois ans, des contre-indications formelles s'écrivent dans les RCP sans que personne ne les reporte au thésaurus, et l'écart ne peut plus que grandir.

Un angle mort qui se referme sur les molécules récentes

Tout médicament autorisé après septembre 2023 est absent du thésaurus, définitivement. La cause est structurelle : une classe qu'il n'a pas créée (les inhibiteurs du transporteur OCT2), une molécule arrivée après, une asymétrie de rédaction, et le couple n'y figurera jamais. La fampridine, l'amifampridine ou le lomitapide y sont invisibles.

2100 % du thésaurus, retrouvé sans le recopier

RCPlus lit les rubriques de contre-indications, de mises en garde et d'interactions de plus de 12 000 RCP français (la base de données publique des médicaments), et croise les médicaments d'une ordonnance couple par couple, dans les deux sens. Depuis sa refonte, il porte en outre le thésaurus dans sa totalité.

Les 1 690 interactions du thésaurus sont retrouvées une à une, soit 100 %, marques, sels et noms d'usage compris : 298 contre-indications, 464 associations déconseillées, 695 précautions d'emploi, 233 à prendre en compte. Ce n'est plus une correspondance approchée mesurée par sondage, c'est une correspondance vérifiée à chaque reconstruction de la base.

Le partage des rôles ne change pas : le thésaurus NOMME le niveau officiel sur les couples qu'il a retenus, et RCPlus rend le TEXTE des RCP pour tout le reste. Ce que RCPlus ajoute se cite au titre du RCP de la spécialité, jamais comme un niveau ANSM.

31 550 contre-indications de plus, avec leur citation

Au delà du thésaurus, RCPlus a relevé 1 550 contre-indications d'association écrites noir sur blanc dans les RCP français, sur des couples que le référentiel n'indexe pas. Chacune porte la phrase exacte du RCP, la spécialité qui la contient, sa rubrique et sa date de révision.

En voici dix, choisies parmi les médicaments les plus délivrés en officine et parmi les textes les plus explicites, ceux où le RCP écrit l'interdiction avec son mécanisme. Chacune a été confrontée au thésaurus molécule par molécule, classes développées : aucune n'y a d'entrée correspondante.

CoupleCe que le RCP écritSpécialité citée
miansérine + hydroxyzine« En raison du risque grave majoré de troubles du rythme ventriculaire, notamment de torsades de pointes, l'utilisation de la miansérine est contre-indiquée avec un autre médicament susceptible d'allonger l'intervalle QT. »MIANSÉRINE ARROW 30 mg, rubrique 4.3
brimonidine (collyre) + mirtazapine« Patients recevant un traitement inhibiteur de la mono-amine oxydase (IMAO) et patients sous antidépresseurs affectant la transmission noradrénergique (par exemple antidépresseurs tricycliques et miansérine). »BRIMAZED 2 mg/mL, collyre, rubrique 4.3
érythromycine + fluconazole« La coadministration avec d'autres médicaments connus pour prolonger l'intervalle QT et métabolisés par les cytochromes P450 (CYP) 3A4 tels que cisapride, astémizole, pimozide, quinidine et érythromycine est contre-indiquée chez les patients traités par le fluconazole. »FLUCONAZOLE EVOLUGEN 50 mg, rubrique 4.3
escitalopram + quinine« Substances susceptibles de donner des torsades de pointes. Ce trouble du rythme cardiaque grave peut être provoqué par un certain nombre de médicaments, antiarythmiques ou non. […] L'utilisation d'un médicament torsadogène avec un autre médicament torsadogène est contre-indiquée en règle générale. »QUINIMAX 125 mg, rubrique 4.5
fentanyl transmuqueux + moclobémide« Contre-indiqué chez les patients ayant reçu des inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO) durant les 14 jours précédents car une potentialisation sévère et imprévisible par les IMAO a été rapportée avec les analgésiques morphiniques. »RECIVIT 267 microgrammes, rubrique 4.5
luméfantrine + millepertuis« Traitement concomitant par de puissants inducteurs du CYP3A4 tels que la rifampicine, la carbamazépine, la phénytoïne, le millepertuis (Hypericum perforatum). »RIAMET 20 mg/120 mg, rubrique 4.3
amiodarone + mizolastine« Traitement concomitant par un médicament connu pour allonger l'intervalle QT, par exemple les antiarythmiques de classe I et III. »MIZOLLEN 10 mg, rubrique 4.3
fingolimod + immunosuppresseurs« Patients ayant un risque accru d'infections opportunistes, en particulier les patients présentant une immunodéficience (incluant les patients recevant un traitement immunosuppresseur ou les patients immunodéprimés par un traitement antérieur). »FINGOLIMOD ACCORD 0,5 mg, rubrique 4.3
acide tranexamique + contraceptifs hormonaux combinés« Prise concomitante d'un contraceptif hormonal combiné. »HAIMA 1000 mg, rubrique 4.3
éfavirenz + midazolam« Co-administration avec la terfénadine, l'astémizole, le cisapride, le midazolam, le triazolam, le pimozide, le bépridil, ou les alcaloïdes de l'ergot de seigle (par exemple, l'ergotamine, la dihydroergotamine, l'ergonovine et le méthylergonovine). »ÉFAVIRENZ/EMTRICITABINE/TÉNOFOVIR BGR, rubrique 4.3

Près de deux cents exemples sont publiés en accès libre, les plus courants d'abord selon les volumes réels de délivrance en ville, chacun avec sa citation et le lien vers la source officielle.

La liste complète, sur demande

Les 1 550 contre-indications, avec pour chacune sa citation, sa spécialité et sa source, sont adressées sur simple demande aux professionnels qui le souhaitent. Écrivez à contact@pharmassistant.fr en indiquant votre officine.

4Comment nous en sommes sûrs

Une liste de cette taille ne vaut que par la façon dont elle a été établie. La nôtre repose sur une conception algorithmique interne et sur un contrôle pièce par pièce, dans cet ordre.

  • Le relevé est algorithmique et conservateur. Nos règles de lecture reconnaissent l'interdiction là où elle est écrite : la position en rubrique 4.3, l'en-tête du gabarit officiel de la 4.5, le verbe « contre-indiqué » en toutes lettres. Elles écartent activement ce qui n'est pas une association : une hypersensibilité à un excipient, un terrain biologique, un antécédent, une négation, un renvoi vers une autre rubrique.
  • Chaque couple retenu est ensuite examiné sur la rubrique entière de la spécialité citée, et non sur la seule phrase relevée. C'est ce contrôle qui a écarté les faux positifs les plus tenaces : la phrase qui vise un tiers cité juste à côté, l'en-tête contredit par sa propre conduite à tenir, la contre-indication qui appartient en réalité à l'autre composant d'un produit combiné.
  • Les cas litigieux sont tranchés à la main, un par un, et la décision est archivée avec son motif. Dans le doute, la contre-indication est retenue et sa condition explicitée : c'est le sens de la sécurité au comptoir.
  • Un contrôle négatif systématique a par ailleurs été mené sur l'ensemble des couples que la base laisse silencieux, pour vérifier que le silence était justifié. C'est ce contrôle qui a fait remonter la majeure partie des 1 550.

Ce que nous ne prétendons pas

Cette liste ne remplace pas le thésaurus, qui reste la référence opposable. Elle n'est pas exhaustive : l'absence d'un couple ne vaut jamais absence d'interaction, et notre chaîne de lecture ne rattache pas encore tous les textes établis à leur couple. Enfin, une contre-indication écrite dans un RCP se cite au titre de ce RCP, et la décision reste clinique, au regard du patient et en lien avec le prescripteur.

5Déjà dans vos réponses, sans rien changer

RCPlus n'est pas un module à activer ni une option payante. Il est appelé automatiquement sur toute question d'interaction, dans le chat comme sur une ordonnance photographiée, et il prend l'ordonnance entière en une fois : dix lignes font quarante-cinq couples, tous examinés, en moins d'une seconde. Sous la réponse, le badge RCPlus liste les RCP réellement consultés, et chaque source s'ouvre d'un clic sur la page officielle de la spécialité.

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